Des brises-lames au Festival Etonnants Voyageurs

 

Malouine d’origine et passionnée de photo, Evelyne Brunet arpente le Sillon depuis des décennies, lorsqu’à l’aube des années 2000 et à l’occasion d’un problème de santé, sa perception se modifie. Elle porte alors un regard nouveau, empreint de poésie, sur cette plage si familière, et photographie l’émouvant spectacle de matières, mouvements et ombres que forment les brise-lames. Une vingtaine de clichés originaux naissent de ce regard : Evelyne voit là sa véritable entrée en photo. La ville de Saint-Malo lui fait l’honneur d’exposer ses œuvres lors du Festival international « Étonnants Voyageurs », quatre d’entre elles restent visibles en permanence au Palais du Grand Large.

 

Une pratique spirituelle

Randonnée, botanique, ornithologie et entomologie : telles sont les passions de la photographe versée de longue date dans ces pratiques au travers de nombreuses associations, telles « Bretagne vivante » et « Les marteaux du jardin ». Écologie et biodiversité sont également chères à son cœur.

Mais si Evelyne Brunet est bien ancrée sur terre, la création est surtout pour elle une pratique spirituelle. « Photo et méditation sont concernées par la lumière et la respiration. Photographier c’est inspirer, capter l’objet c’est expirer, de là naît le cliché. » Avec un back-ground psychanalytique, l’exploration de l’âme lui est familière et c’est aujourd’hui à travers ses clichés en nature qu’elle la poursuit. Ainsi crée-t-elle un lien entre terre et ciel, équivalent d’une séance de yoga où l’esprit est en paix, dans la rêverie. « Pour moi c’est un acte d’amour, un hymne à la poésie que je partage avec les autres à travers mes expositions. » Et plus encore « Quand je prends une photo j’épouse et deviens l’objet que je photographie, il y a communion entre l’objet et moi-même. » confie-t-elle, nous laissant cette fois penser qu’on est aux frontières du chamanisme.

 

Couleurs flamboyantes et formes sibyllines

Si aujourd’hui l’artiste arpente toujours son Sillon tant aimé, sa pratique s’est orientée ces dernières années vers l’entomologie et la macro-photographie d’insectes. « J’aime l’infiniment petit. Je me délecte des heures durant à scruter les fleurs, en quête de trouver l’insecte extraordinaire. Ils sont passionnants, j’ai l’impression qu’ils jouent avec moi ! » Et nous, regardeurs, ne nous lassons pas de ce festival de couleurs flamboyantes et de formes sibyllines, découvrant un monde de personnages aux costumes baroques, armée des ombres que notre œil ignore et qu’Evelyne Brunet lui révèle.

Caterina Annovazzi

Février 2017

 

Rencontre avec Evelyne Brunet, photographe

Magazine "Saint-Malo Carnets d'Intra-muros

Une exposition se tient actuellement à la Chapelle Saint-Sauveur. Organisée par l’association « Evadel », elle regroupe les œuvres de différents artistes de la région malouine invités à réfléchir sur le thème de « St-Malo insolite ». A cette occasion nous avons rencontré l’une des exposantes, Evelyne Brunet.

 

Carnets d'Intra-muros

Comment avez-vous été invitée à participer à cette exposition ?

 

Evelyne Brunet

J’ai rencontré le président de l’association Evadel, Pierre Lefilleul l’année dernière. Pierre savais que je faisais de la photo. Comme certains de mes clichés collaient bien avec le thème, il m’a demandé si je voulais participer au projet.

 

Carnets d'Intra-muros

D'où vous vient cet intérêt pour les brise-lames ?

 

Evelyne Brunet

J’ai réalisé six clichés sur le thème qui nous était proposé et j’ai décidé également de présenter certains de mes brise-lames. Le thème choisi, « St-Malo insolite » m’a posé problème : c’est vrai qu’on trouve beaucoup d’aspects insolites à St-Malo, dans les monuments, l’architecture, mais rien qui ne m’inspirait vraiment. En fait la pierre ne me parle pas. Je suis plutôt tournée vers le bois, car j’ai abondamment travaillé cette matière plus jeune, et puis j’ai une grande passion pour les brise-lames.

 

Carnets d'Intra-muros

Vous êtes originaire de St-Servan. Vous habitez depuis plusieurs années dans l’intra-muros. Est-ce que la ville de St-Malo est un sujet intéressant pour la photographe que vous êtes ?

 

Evelyne Brunet

Effectivement, c’est un sujet passionnant. Récemment par exemple, j’ai pris une série de photos de pierres du côté du Grand Bé, j’en ai trouvé un certain nombre aux couleurs extraordinaires. Autant je ne m’intéresse pas à la pierre (les bâtiments) autant celles que l’on trouve sur la plage peuvent me fasciner. Elles feront peut-être l’objet d’une future exposition. Sinon, je m’intéresse à l’accastillage des bateaux, et récemment, je me suis mise à travailler les reflets.

 

Carnets d'Intra-muros

Quels sont vos thèmes de prédilection, en dehors de St-Malo

 

Evelyne Brunet

Je suis passionnée par la randonnée, l’ornithologie. Je pars avec ma longue vue pour observer la faune et la flore. Je photographie notamment les souches des arbres en forêt (on revient encore au bois). J’ai l’habitude de me promener du côté du cimetière de bateaux de Quelmer. J’aime beaucoup les bords de Rance, avec ses vasières. Dans un avenir proche, je souhaiterais pouvoir me consacre à la digiscopie. Cette technique qui permet de prendre des photos à partir d’une lunette de vue.

 

Carnets d'Intra-muros

Que vous apporte la pratique de la photographie ?

 

Evelyne Brunet

Quand je photographie un sujet, je deviens le sujet que je photographie. Il y a une communion entre ce que je prends et moi. C’est pour cette raison que je dis souvent que je photographie « avec mon coeur ». Cela peut faire rire autour de moi, mais il n’en reste pas moins que les émotions que je ressens, je les transmets à travers mes photos. Je cherche à partager ces émotions avec les gens.

 

Stéphane Echassériau

Décembre 2010

ANNOVAZZI GRAPHICS DESIGN ©2017